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Musique classique et opéra par Classissima

Hélène Grimaud

dimanche 19 mai 2013


Resmusica.com

13 mai

Denis Matsuev à New-York

Resmusica.com Denis Matsuev , pianiste hors norme, nous offre, dans le cadre des 140 ans de la naissance de Sergueï Rachmaninov un album concertant qui confronte le Concerto n°2 du compositeur russe à la Rhaspody in Blue de Gershwin Confrontation, de prime abord, peu banale entre le romantisme du Russe et de le déhanchement jazzy de l’Américain. Pourtant, ces deux compositeurs restent intimement liés à New-York, ville où fut enregistré cet album avec la collaboration de l’orchestre de la ville, sous la baguette de son directeur musical Alan Gilbert . Le Rachmaninov de Matsuev est évidement techniquement irréprochable et le pianiste fait entendre une multiplicité de détails de la partition. Sa puissance de toucher est un atout indéniable pour rendre les contrastes dynamiques. La sonorité mate du New York Philharmonic s’additionne à merveille à cette optique interprétative. Mais l’attrait de cette gravure réside dans le refus d’un Rachmaninov « cœur sur la main » ou purement virtuose et distancé. Mastuev et Gilbert se concentrent sur mise en valeur de la forte personnalité artistique de Rachmaninov, un pianiste-créateur fin connaisseur du répertoire et soucieux d’apporter sa touche personnelle à l’écriture pour le piano. Cette lecture nécessite un temps d’adaptation car la beauté des textures est parfois plus minérale et brute que sensuelle et raffinée. Mais, depuis le disque d’Hélène Grimaud et de Vladimir Ashkenazy (Teldec), dans une optique plus traditionnelle, on n’a pas le souvenir d’avoir entendu une gravure aussi passionnante. Changement de registre avec la Rhapsody in Blue. On n’entendra évidemment pas une lecture librement jazzy à l’américaine comme celle de Leonard Bernstein virevoltant sur les touches de son clavier…Matsuev prend le parti de la logique rythmique et harmonique, plus que de la logique stylistique. Si l’esprit rhapsodique est bien rendu, il est plus intellectuel que narratif ou suggestif. Mais il faut être gré au pianiste d’aborder cette partition, en-là vidant du Coca-cola pseudo-esthétisant et politiquement correct de la plupart des pianistes, qui essaient de faire « plus vrai que nature » du côté des effets de manche jazzy. Un vent radical et foncièrement moderniste souffle sur cette lecture. Au pupitre des siens, Alan Gilbert est d’une parfaite flexibilité, autant dans la restitution de la masse instrumentale que dans la mise en avant des interventions solistes de ses musiciens naturellement géniaux. Ce disque, éminemment personnel et intellectuellement réfléchi, ne plaira pas à tout le monde, mais il sera des albums, forts rares, auxquels on reviendra régulièrement.

Resmusica.com

13 mai

Denis Matsuev in New York

Denis Matsuev , an extraordinary pianist, offers, as part of the 140th anniversary of the birth of Sergei Rachmaninoff an album that confronts the Concerto No. 2 with the Rhapsody in Blue by Gershwin. A confrontation at first somewhat unexpected between the romanticism of the Russian and the American jazz rhythm. Yet these two composers are closely related to New York City where this album was recorded in collaboration with the orchestra of this city, under the baton of Music Director Alan Gilbert . The Rachmaninov by Matsuev is obviously technically flawless and pianist makes us hear heard a multiplicity of details of the score. His powerful touch is an undeniable asset to make dynamic contrasts. The sound of the New York Philharmonic adds which avoids brilliance matches perfectly this approach. But the interest of this recording is the refusal of pure virtuosity. Matsuev and Gilbert focus on the strong artistic personality of Rachmaninoff, a pianist-creator anxious to bring a personal touch to works for piano. This performance requires some times to adjust as the beauty of textures is more mineral and raw than sensual and refined. But since Hélène Grimaud and Vladimir Ashkenazy (Teldec), in a more traditional fashion, one does not recall another exciting recording. Different style with the Rhapsody in Blue. We obviously do not hear a jazzy reading such as Leonard Bernstein twirling on the keyboard… Matsuev takes advantage of the rhythmic and harmonic logic rather than the style. If there is a rhapsodic spirit, it is more intellectual than narrative or evocative. But we must be grateful to the pianist to treat this score without any jazzy political correctness. A radical and fundamentally modernist blows on this reading. Alan Gilbert is a perfectly flexible, both at ease in driving the whole orchestra and providing roome to the soloists who are naturally musicians with genius. This album, highly personal and intellectually well thought, will not please everyone, but it stands out as among the few you will come back to regularly.




Carnets sur sol

10 février

EMI est mort

Ceci n'est pas une simulation. Ceci est réellement arrivé. L'occasion de remettre en perspective ce qui reste du marché du disque classique. 1. Le point de départ Ce qu'on appelle les majors du disque, dans le domaine du classique, sont en réalité des labels adossés à un fonds de catalogue de musique "populaire", qui atteignent ainsi une force de frappe financière que n'ont pas les gros labels de musique classique qu'on appelle tout de même, comparativement, "indépendants", comme Naïve ou Harmonia Mundi. Il y a encore une quinzaine d'années, on comptait comme majors Universal, EMI, Sony, BMG (maison-mère de RCA), Warner (très peu de classique en dehors de rééditions de Fonit Cetra). Universal regroupait déjà d'énormes maisons comme Decca, Deutsche Grammophon et Philips (l'entreprise s'était retirée depuis longtemps de la production de disques et avait cédé à Universal le droit d'utiliser son nom pour une dizaine d'années). 2. Un peu d'histoire Les pièces du jeu se sont mises en place très en amont - ainsi, par exemple, Telefunken et Decca, qui donnent leur nom à Teldec, se retirent du projet et le vendent à Warner. Erato aussi appartient à Warner depuis 1992. Lors de la grande fusion des années 1997 à 2001, Warner ferme définitivement Teldec et Erato (qui avait été placée comme une dépendance de Teldec, bien que les deux labels n'aient rien en commun). Premier acte d'une grande descente aux enfers du classique chez les majors : Warner, aujourd'hui, à l'exception de quelques très rares récitals de prestige, se content de publier (de façon tout à fait anarchique) ses enregistrements Teldec et Erato sous la marque à très bas coût Apex. Rien ne nouveau n'apparaît au répertoire. A l'époque de la fermeture, des gens comme Christie, Harnoncourt, Sinopoli ou Grimaud se virent jetés sans ménagement, et tous les projets instantanément annulés, en l'espace de quelques semaines. On ne parle même pas de ceux dont la notoriété n'était pas suffisante pour retrouver aisément un contrat ailleurs. La fermeture d'Erato a causé un petit "blanc" dans la parution de nouveautés baroques françaises, par exemple. En 2004, en même temps que Sony et BMG fusionnent à parts égales, l'un et l'autre ne produisent quasiment plus de classique, et de moins en moins au fil des années, à l'exception de quelques récitals de jeunes gens médiatisables ou de stars déjà établies. Si RCA reste encore assez disponible (jusqu'à épuisement des stocks ?), Sony devient de plus en plus mal distribué. Peu après, EMI annonce que le Tristan de Pappano sera sa dernière intégrale d'opéra - ce sera démenti par les faits, mais la production de nouveaux enregistrements se ralentit nettement et l'essentiel des efforts portent sur des rééditions, de plus en plus économiques - et qui rendent les nouveautés de moins en moins attractives, surtout qu'EMI n'a pas le sens de la communication grand public de Decca, ni le prestige intrinsèque de Deutsche Grammphon. Il ne restait donc plus que quatre groupes : Universal, EMI, Sony et Warner. On a souvent parlé d'une fusion Sony-Warner (et leur incurie en matière de classique est en effet comparable), mais entre difficulté vis-à-vis des lois contre le monopole et diverses réticences, le projet n'a pas encore abouti à ce jour. 3. La fin d'EMI Tout récemment en revanche, l'inconcevable est arrivé : Universal achète EMI - l'un des trois labels les plus célèbres (avec Decca et Deutsche Grammophon) est donc absorbé par Universal, vers un seul pôle de la production du classique. La Chute, ici aussi, vient de loin : déjà en difficulté financière (baisse des ventes notamment), EMI avait été racheté par le fonds d'investissement Terra Firma. Mauvais choix, si bien que le fonds a intenté un procès à son banquier Citibank pour mauvais conseil, et tenté de faire annuler la vente. Sans succès, et EMI est cédé en urgence à l'issue de la décision de justice. Universal réunit une somme astronome et se porte acquéreur, mettant fin à toute une représentation (largement fantasmatique) de l'univers phonographique chez les mélomanes classiques : EMI le label de fond, Decca et DG les labels de prestige... Néanmoins les autorités de la concurrence en Europe voient le problème, et refusent l'achat complet ; Universal revent donc la part la moins intéressante des sociétés acquises. On vient de découvrir, début février (ce n'est annoncé dans aucune dépêche que j'ai pu trouver, mais Norman Lebrecht a décroché son téléphone, et c'est une source sérieuse), qu'EMI Classics et Virgin Classics font partie de la charrette - Universal se garde plutôt EMI et Virgin, donc les Beatles et les Sex Pistols. Autrement dit : EMI Classics est mort. Le phénomène avait déjà commencé avec les énormes coffrets destinés à faire entrer au plus vite de l'argent en bradant son catalogue bâti à grands coups d'Histoire, mais il n'est même pas sûr que Warner s'embarrasse à organiser ce genre de parution. En tout cas, EMI, maintenant, ne produira vraiment plus rien - Pappano, Rattle, Bostridge et quelques autres vont devoir changer de maison. Virgin Classics aussi produisait moins ces dernières années, et davantage du récital avec des noms célèbres que des parutions réellement cohérentes, mais c'est un label important de plus qui disparaît. Ces étiquettes semblent si peu intéresser Warner que leur acquisition n'est mentionnée dans aucun de leurs communiqués ! 4. Le futur Dans un premier temps, elles me sont tout à fait égales : aussi bien pour les oeuvres que pour les interprétations, je trouve davantage satisfaction chez des labels plus confidentiels, qui n'ont pas le même modèle économique. Mais avec EMI disparaîtront peut-être des étalages des enregistrements majeurs de l'histoire du disque, et aussi un pan du répertoire anglais que peu d'autres ont enregistré (parmi les maisons encore en vie). Et les oeuvres chères qui n'étaient enregistrées presque que par les majors sont aujourd'hui faciles à capter, avec la généralisation des prises sur le vif, des labels attachés aux orchestres et des partenariats des maisons d'Opéra avec les producteurs de DVDs. Mais dans un second temps, cela ne prélude-t-il pas à l'effondrement tout entier du marché ? Nous vivons un âge d'or : il n'y a jamais eu autant de labels, grands et petits, autant de répertoire disponible, autant de choix dans les interprétations (comment une simple maillon de la musique de chambre de Herzogenberg chez CPO peut-il être rentable ? comment une 75297e symphonie de Mahler par un petit orchestre et un chef obscur peut-elle se vendre correctement ?), et aussi longtemps disponibles à la vente. Par ailleurs, la duplication aisée de ces disques permet aisément de les entendre sans les acheter - et même légalement, en copiant des disques de médiathèque ou en allant sur des sites ayant passé des accords comme MusicMe, Deezer et dans une certaine mesure YouTube. Pour le classique, le concept des livres-disques, avec des notices très complètes de gens sérieux, écrites pour l'occasion, serait une solution - mais qui ne s'adresserait finalement qu'aux plus fanatiques des mélomanes, et pas aux auditeurs occasionnels qui constituent toujours, quel que soit le répertoire, la majorité des acheteurs. Je n'ai pas de solution. 5. Ce qui reste En attendant, tant qu'on me conserve Naxos (qui pourrait être considéré comme une major, au demeurant), CPO, Timpani et quelques autres labels qui produisent du répertoire, je ne m'alarme pas. Si Naxos était le seul label, on aurait quasiment tout, à l'exception de quelques niches (qui me sont chères, il est vrai). Et dans beaucoup de cas, vu l'évolution de la politique artistique de la maison depuis ses débuts, des versions parmi les meilleures. Mais cela, dans quelles conditions de distribution, puisque le disque classique déserte les disquaires généralistes ? Considérant que, sur Internet, il faut entrer un mot-clef, c'est-à-dire concevoir ce que l'on veut trouver , et non découvrir par hasard en fouinant négligemment, cela contriburait grandement à l'éloignement du disque classique - accessible seulement à ceux qui s'y intéressent déjà. Peu réjouissant. En attendant, EMI est mort. Adieu EMI.



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