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Musique classique et opéra par Classissima

Hélène Grimaud

vendredi 28 août 2015


Carnets sur sol

22 juillet

Les noms de code des orchestres — I — Berlin

Carnets sur sol Berlin est l'une des villes les plus richement dotées au monde en matière d'orchestres permanents (moins loin de Londres, vainqueur toutes catégories). Et si la dénomination londonienne est claire, à Berlin, l'Histoire a laissé une grande confusion. Pour commencer, voyons la liste actuelle. En laissant de côté les ensembles spécialistes à géométrie variable (les orchestres baroques, par exemple, contiennent très peu de musiciens titulaires, n'ont pas forcément de salle attitrée, etc.), on se trouve plus ou moins à dix orchestres permanents. Suivent les descriptions et les extraits sonores (à ouvrir dans une nouvelle fenêtre pour accompagner votre écoute, par exemple). 1. Les orchestres berlinois Trois orchestres de fosse : – Staatskapelle Berlin – Deutsche Oper – Komische Oper Deux orchestres de radio : – Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin – Deutsches Symphonie-Orchester Berlin Trois orchestres prévus pour le concert symphonique : – Berliner Philharmoniker – Konzerthausorchester Berlin – Berliner Symphoniker Deux orchestres de chambre : – Mahler Chamber Orchestra – Philharmonisches Kammerorchester Berlin Un orchestre de variétés : – Orchester des Friedrichstadt-Palastes … et sans doute quelques autres. Déjà, pour entendre le Komische Oper ou les Symphoniker sans se rendre à Berlin, il faut se lever de bonne heure ! 2. La valse des noms Pour les orchestres de fosse, c'est facile, chacun correspond à un théâtre lyrique (la Staatskapelle, plus vieil orchestre du monde encore en activité, étant l'orchestre de fosse de la Staatsoper unter den Linden…). Pour les orchestres de concert / symphoniques, ce n'est pas trop complexe encore (davantage avec les dénominations, j'y reviens) : l'Orchestre du Konzerthaus a été institué par la RDA pour concurrencer le Philharmonique, sis en RFA. Quant aux Berliner Symphoniker, créés à la fin des années 60, je n'ai jamais trop vu à quoi ils servaient. Ils jouent surtout de grands classiques, c'est même leur slogan (« nous jouons les classiques du classique »), je suppose qu'ils sont plus ou moins les équivalents des orchestres municipaux parisiens (qui eux, font vraiment des efforts en matière d'originalité de répertoire), destinés à toucher un vaste public plutôt qu'à chercher l'excellence immaculée à destination des mélomanes chevronnés ou snobs. En tout cas, les bandes n'abondent pas hors d'Allemagne. C'est pour les deux orchestres de radio que nous allons vous demander un instant de concentration, merci. Après la capitulation de 1945, la radio est restée du côté Est de la ville, et en 1946, on fonde donc un équivalent avec son propre orchestre (la RIAS, acronyme allemand pour Radio du Secteur Américain – ''Rundfunk im amerikanischen Sektor''). Lors de la Réunification, la Radio Est a conservé sa dénomination radiophonique (Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin), tandis que l'ancienne RIAS est désormais Deutsches Sinfonie-Orchester Berlin (sorte de National d'Allemagne…). Le problème est que, dans l'intervalle, l'Allemagne occidentale reprenant son indépendance, la RIAS a été appelée Radio de Berlin, exactement comme à l'Est, ce qui a causé quelques entrecroisements de noms. Parfois, la différence tient simplement à l'ordre des mots, ou à la graphie (Sinfonie/Symphonie, Rundfunk/Radio, etc.)… Dit comme ça, ça paraît à peu près clair (peut-être). Mais lorsqu'il s'agit de savoir qui s'appelle comment à une date donnée, ou qui fait quoi sur un disque, ça devient tout de suite plus délicat. Voici les difficultés qu'on avait soulevées ici même il y a deux ans, en incidente du Tchaïkovski de Günter Wand (code couleur pour vous aider : chaudes pour l'Est, froides pour l'Ouest) : Le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin est l'orchestre actuel issu de l'ancienne radio de Berlin-Ouest (fondé en 1946). A l'origine, c'était même la RIAS, c'est-à-dire la radio du secteur américain (Rundfunk im amerikanischen Sektor). Son nom cause quelques problèmes d'identification, puisque de 1956 à 1993, il était appelé Radio-Symphonie-Orchester Berlin, tandis que l'orchestre de Berlin-Est a toujours été appelé (dès sa création, en 1923), Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, soit exactement le même sens – tous deux abréviés en RSO Berlin. Ainsi on se retrouve avec des enregistrements de Riccardo Chailly (directeur dans les années 80 de l'orchestre Ouest) où RSO Berlin apparaît seul sur la pochette, si bien qu'on peut douter de la provenance (a fortiori puisque désormais, ce qui inclut les dates de réédition, seul l'orchestre anciennement à l'Est se nomme RSO Berlin !). Ce n'est que l'une des nombreuses complexités de la vie orchestrale berlinoise - par exemple, le Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin se produit régulièrement au Konzerthaus, comme... le Konzerthausorchester Berlin (fondé en 1952), qui devait être le pendant à l'Est du Philharmonique de Berlin. Lorsqu'on considère qu'il s'appelait à l'époque le Berliner Sinfonie-Orchester, et qu'il existe depuis 1967 à l'Ouest le Symphonisches Orchester Berlin, aujourd'hui Berliner Symphoniker... on voit l'importance de placer les mots dans le bon ordre ! Évidemment, les chefs (même permanents) peuvent voyager d'un orchestre à l'autre, ainsi Lothar Zagrosek qui enregistra les Gezeichneten avec le DSO Berlin, mais qui a été par la suite directeur musical de l'Orchestre du Konzerthaus, ce qui ne contribuera pas à éclairer les mélomanes dans quelques années. De plus, si l'on traduit en anglais (comme souvent sur les pochettes) ou en français, on obtient souvent exactement la même expression pour désigner ces orchestres, ce qui n'est pas pour faciliter la tâche des auditeurs de bonne volonté. Le projet de fusion entre DSO Berlin, Radio(-Est) et Konzerthaus, souhaité par les autorités pour des raisons évidentes de rationalisation économique, ayant échoué, il faudra encore que l'honnête mélomane se plie à cette gymnastique un certain temps… De toute façon, les disques déjà enregistrés ont déjà ce problème d'étiquette ! Quand on vous dit qu'il ne faut pas faire des guerres, maintenant vous savez pourquoi. 3. Identités individuelles À présent, un mot tout de même sur chacun. Orchestres de fosse La Staatskapelle Berlin : l'orchestre (parmi les plus anciens du monde, constitution en 1570, pas du tout avec les mêmes pupitres !) de la Maison d'Opéra la plus prestigieuse de Berlin. Répertoire essentiellement constitué des piliers du répertoire. Sous Barenboim, son rayonnement comme formation symphonique s'est accru, mais là aussi dans de très grands classiques (Beethoven, Bruckner…). Vous pourrez trouver une présentation beaucoup plus détaillée dans cette notule . Son profil sonore a toujours été homogène et plutôt enclin au grandiose. Directeurs musicaux : Agricola, Reichardt, B. A. Weber, Spontini, Meyerbeer, Nicolai, R. Radecke, J. Sucher, R. Strauss, L. Blecher, E. Kleiber, C. Krauss, Karajan, Keilberth, à nouveau E. Kleiber, Konwitschny, Suitner, Barenboim. Disques : Le choix ne manque pas… Parmi les grands disques, il faut écouter les deux derniers actes de Tristan par Furtwängler (lien sonore ), la Deuxième de Mahler et la Septième de Bruckner par Suitner (pourquoi pas ses deux Così), la Troisième de Schumann par Barenboim (lien sonore ) – éventuellement sa Huitième de Beethoven et son Tannhäuser… L'Orchestre de la Deutsche Oper se trouve au contraire dans une maison récente : l'institution, ouverte en 1912, a été rebâtie en 1961 dans un style parking-bureau-Corbusier très caractéristique. La maison et l'orchestre sont un peu moins prestigieux, mais le positionnement est assez identique, même si la Deutsche Oper ose quelques originalités (comme son cycle Meyerbeer actuel, incluant Le Pardon de Ploërmel en version opéra-comique cette saison et l'édition critique de Vasco de Gama la saison prochaine) : essentiellement du grand répertoire. (C'est le paradoxe lyrique de Berlin : une offre plus importante que n'importe où ailleurs, et un répertoire pas plus ouvert pour autant.) Directeurs musicaux : Waghalter, Walter, Adler, Rother, Dammer, Fricsay, R. Kraus, Hollreiser, Maazel, G. Albrecht, López-Cobos, Sinopoli, Frühbeck de Burgos, Thielemann, Palumbo, Runnicles. Beaucoup de grands chefs abusivement considérés comme secondaires (Kraus, Maazel, Albrecht, Sinopoli, Palumbo…). Disques : Le chœur (pas le plus formidable, d'ailleurs) a beaucoup collaboré avec le Philharmonique et Karajan, et les excellentes bandes radio existent, mais il est plus difficile de citer des disques majeurs (considérant que je ne m'abaisserai pas à promotionner Carmina Burana et que la fameuse Aida avec Sinopoli laisse surtout entendre le cymbalier…). À mon sens, ce sont les Lulu et surtout Wozzeck avec Böhm, extrêmement intelligibles et très lyriques (traités avec l'évidence de la musique tonale), qui s'imposent pour entendre cet orchestre au meilleur de sa générosité. Lien sonore . L'Orchestre de la Komische Oper, maison inaugurée en 1892 pour y programmer de l'opérette, s'est depuis spécialisé dans les productions de langue allemande – originaux légers ou traductions d'œuvres célèbres. Dans les faits (pour une raison toujours aussi obscure ), on y joue désormais assez peu de titres par an, dont une bonne partie sont des œuvres célèbres en langue originale. On trouvera ainsi, la saison prochaine, Don Giovanni de Mozart dans une traduction allemande récente, Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach en français mais avec des dialogues allemands, et Aida de Verdi en version originale. Il se distingue de ses orchestres concitoyens par un son d'ensemble très franc, et même acide dans les vents, assez inhabituel pour un orchestre allemand – j'aime beaucoup personnellement (sans doute parce que ça ressemble davantage à un orchestre tchèque). Directeurs musicaux : Oberfrank, R. Reuter, Kreizberg, K. Petrenko, C. St.Clair, Lange, Nánási. Disques : On trouve peu de choses (une Symphonie Fantastique, trois volumes monographiques sur Siegfried Matthus, une intégrale très tradi de L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato de Haendel, tout ça chez Berlin Classics), mais on dispose grâce à CPO de trois disques symphoniques consacrés à Josef Suk (pour des pièces très supérieures aux œuvres symphoniques « célèbres » de Suk), qui en plus de leur programme original et très convaincant rendent vraiment justice à l'orchestre… et présentent la curiosité de faire entendre Kirill Petrenko avant son accession aux plus hautes fonctions – déjà une poussée et une évidence assez hors du commun, dans une musique qui aurait pu s'empâter. Lien sonore . Orchestres de radio Le Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, ex-Radio-Est, a abondamment été représenté au disque sous étiquette Eterna (désormais en CD sous Berlin Classics et certains labels à licence) ou Capriccio. Bien qu'il ait abondamment (comme son homologue de l'Ouest, d'ailleurs) enregistré les décadents germaniques, son son n'est pas toujours caractérisé par une transparence exceptionnelle – en réalité, cela dépend beaucoup des prises de son. On peut ainsi Directeurs musicaux : Seidler-Winkler, Jochum, Celibidache, Abendroth, Kleinert, Rögner, Frühbeck de Burgos, Janowski. Disques : Parmi la quantité de très bon disques, figurent quelques sommets absolus de l'histoire de l'enregistrement. Meistersinger et surtout Parsifal par Janowski (les deux sur le podium des meilleures versions de tous les temps), Troisième Symphonie de Mahler par Rögner (clarté des plans et douce tension permanente), Die ersten Menschen de Rudi Stephan dirigés par Rickenbacher (un détail d'instrumentation capiteux, proche de la crudité, magnifique), Die verklärte Nacht d'Oskar Fried dirigé par Foremny (l'orchestre sonne plus opaque, c'est surtout l'œuvre documentée qui est capitale), les Vier dramatische Gesänge de Gurlitt dirigés par Beaumont (idem). Pour entendre l'orchestre, donc : l'acte III de Parsifal [lien sonore ], le final de la Troisième de Mahler [lien sonore ] ou les Premiers Hommes de Stephan. Le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, ex-RIAS (Radio de l'Ouest), d'abord célèbre pour son partenariat avec Fricsay, très volumineusement documenté au disque (et en général révéré par les mélomanes et les revues), a lui aussi beaucoup travaillé sur le legs alternatif et innovant du début du XXe siècle germanique. Exactement pour la Radio de l'Est, la diversité des prises de son fait entendre des profils très différents, même à époque égale. Néanmoins, la tendance est à plus de détail, avec un profil sonore qui se caractérise plus par la précision des arrière-plans que par la recherche de fondu – en revanche, le son d'orchestre est aujourd'hui superbe, rien à voir avec les cordes rêches de l'époque Fricsay. Directeurs musicaux : Fricsay, Maazel, Chailly, Ashkenazy, Nagano, Metzmacher, Sokhiev. Entre Maazel et Chailly, un intervalle de 8 ans sans chef permanent, avec des interventions récurrentes de Jochum, Leinsdorf, G. Albrecht, Rozhdestvensky, Marriner… Disques : Là aussi, en tant qu'orchestre de radio, on dispose à la fois d'un assez bon nombre de captations et d'une grande variété de répertoire, en particulier en ce qui concerne le répertoire décadent ou « dégénéré » dont l'orchestre s'est fait une spécialité. Du côté des témoignages anciens, j'aurais envie de recommander les Nozze di Figaro par Fricsay (lien sonore ; timbres peu séduisants, mais une qualité de phrasé et d'atmosphère saisissante) ; pour les raretés, l'Acte préalable de Scriabine-Nemtine par Ashkenazy (lien sonore ; œuvre colossale, et interprétation à la hauteur de sa complexité et de sa virtuosité immenses), deux versions de Die Gezeichneten de Schreker au compteur (Zagrosek et Nagano – prenez Zagrosek, Nagano (1 ,2 ,3 ,4 ) est très coupé et la mise en scène occulte pas mal d'aspects du livret – lien sonore ), Wozzeck de Gurlitt par G. Albrecht (lien sonore ; moins transparent qu'à l'habitude, mais œuvre majeure menée sans coup férir). Pour le grand répertoire aussi, plusieurs témoignages hors du commun, à mon avis les meilleurs jamais laissés pour les œuvres concernées, comme la Troisième de Beethoven (lien sonore ), la Cinquième de Bruckner (lien sonore ), les Cinquième (lien sonore ) et Sixième de Tchaïkovski (lien sonore ) – tout cela dans des prises de son très physiques chez Hänssler, sous la direction de Günter Wand : lisibilité maximale, couleurs chaleureuses, tension énorme (mais une tension lumineuse, transcendante). Orchestres symphoniques / de concert Les Berliner Philharmoniker (leur dénomination se fait par un pluriel désignant les musiciens, en accord avec leur principe électif : « les Philharmonistes de Berlin ») constituent bien sûr l'orchestre superstar de la capitale, du pays et du monde – à telle enseigne que pour le nommer, les mélomanes disent en général « Berlin », tout simplement. On en avait déjà touché un mot ici . Leurs caractéristiques ont énormément évolué au fil des ans, de la rudesse sombre des années Celibidache et Furtwängler à la rondeur transparente de Rattle aujourd'hui, en passant par la très étrange période Karajan et son son chantilly inimitable, écrasé par des cordes d'un moelleux sans égal. L'orchestre porte encore l'empreinte, dans son profil sonore, des choix esthétiques de Karajan, mais en fait désormais tout autre chose, en respectant mieux les styles abordés – la personnalité de l'orchestre continue de tempérer les options des chefs, mais les Philharmoniker jouent désormais le premier romantisme ou le XXe français et russe avec un sens du style indéniable. Leur répertoire aussi s'est grandement élargi : il ne faudrait pas se laisser abuser par la production discographique (étant l'orchestre le plus célèbre du monde, et peut-être le plus virtuose, on lui fait bien sûr enregistrer tous les piliers du répertoire où il est censé « faire référence »), car le concert permet d'entendre beaucoup de choses originales, souvent des œuvres considérables mais moins courues. Directeurs musicaux : von Brenner, von Bülow, Nikisch, Furtwängler, Borchard (pour quelques mois en 1945), Celibidache, Furtwängler à nouveau, Karajan, Abbado, Rattle, K. Petrenko. Disques : Étant peut-être l'orchestre le plus enregistré de la planète, le choix est large. On peut procéder par période : la Quatrième Symphonie de Mendelssohn avec Celibidache (lien sonore ; très directe, dans un style qui n'a plus jamais été celui de Berlin par la suite), la Quatrième Symphonie de Schumann par Furtwängler (lien sonore ), les symphonies de Beethoven par Abbado à Rome (lien sonore ; retrouvailles du style juste et de la possibilité du chambriste), les symphonies de Brahms par Rattle (où les qualités instrumentales cèdent le pas à une recherche de clarté absolue des plans et à des articulations inédites). La période la plus intéressante est à mon sens celle d'aujourd'hui, où la radio et la plate-forme web de l'orchestre documentent des répertoires très différents, et souvent des soirées où l'engagement des musiciens est beaucoup plus patent qu'en studio, ne restant plus dans le confort du beau son ou de la virtuosité, mais allant chercher la couleur spécifique des musiques, la lisibilité maximale des plans internes aussi bien que de l'architecture et de la « directionnalité » de la partition. Sous Rattle, les Français ont été particulièrement bien servis, avec les meilleurs Pelléas (en 2006) et Shéhérazade (avec Kožená ) de tous les temps. Et pour Karajan ? Malgré l'exagération de ses tropismes, il y a beaucoup de grandes choses. Pour les parcourir, essayez par exemple sa Cinquième de Beethoven (version Clouzot, explosive), ses Missa Solemnis (d'une générosité hors du commun si l'on supporte le chœur terne du Wiener Singverein), sa Troisième de Beethoven (lien sonore ; intégrale de 1977, avec un orchestre infini comme la mer), son Tristan de studio (lien sonore ; controversé à cause d'une distribution étrange, mais d'une splendeur et d'une intensité orchestrales inégalées). Et, pourquoi pas en complément, des visions assez abouties issues du « grand son Karajan » des années 70-80 (pas forcément en style, mais très persuasives) : son Fidelio de studio, son Lohengrin, son Aida chez EMI, ses différentes Symphonies de Brahms, ses Quatrième et Septième de Bruckner… Dans cette période, il existe aussi nombre de témoignages discographiques importants de chefs invités : par exemple l'ardeur et la douceur extrêmes de la Quatrième de Mendelssohn par Tennstedt. Lien sonore . À l'Est, le Konzerthausorchester Berlin fut fondé, en 1952, comme le rival du Philharmonique de Berlin, situé à l'Ouest. Il portait alors le nom de Berliner Sinfonie-Orchester, mais n'eut jamais le même prestige en matière de son, de chefs permanents (les trois derniers sont impressionnants, mais n'ont pas forcément la réputation proportionnée à leur mérite) ou de faveur du public. Les témoignages officiels ne sont pas extrêmement abondants par rapport aux autres grands orchestres berlinois (même Herbig, pourtant chef permanent, a plutôt laissé des enregistrements avec d'autres orchestres). Avec Sanderling, et même au delà de son mandat, il avait une intensité particulière avec des timbres très différenciés, robustes, légèrement agressifs, qui entraient merveilleusement en accord avec les visions peu amènes du chef. Aujourd'hui, je trouve que leur son est devenu assez banal, un bon orchestre allemand parmi tant d'autres. Et même s'ils s'intéressent eux aussi au répertoire décadent, leur impact dans la mise à l'honneur des répertoires alternatifs est sans comparaison avec les plus audacieux de la capitale. Directeurs musicaux : H. Hildebrandt, Smetáček (en guise de transition comme « premier chef invité), K. Sanderling, Herbig, Flor, Schønwandt, Inbal, Zagrosek, I. Fischer. Disques : Hélas, assez peu de choses, alors que certaines associations ont dû être intéressantes. Il faudrait thésauriser les témoignages radio (dans l'immensité des autres possibles, pour des orchestres qu'on est en droit d'aimer davantage…) pour s'en faire une représentation fidèle. Dans l'état de la discographie, je peux surtout recommander quelques grands classiques par Kurt Sanderling, des disques d'ailleurs assez universellement appréciés : les mâles symphonies de Brahms (lien sonore ; pourtant nimbées d'une belle transparence), le Premier Concerto de Brahms avec Hélène Grimaud, les œuvres concertantes de Rachmaninov avec Peter Rösel (mais qui mettent bien sûr avant tout en valeur le pianiste). Et bien sûr l'intégrale délicieusement granuleuse des Symphonies de Sibelius. Lien sonore . Je n'ai pas voulu, vu leur importance secondaire dans le panorama, surcharger la liste des confusions possibles ; néanmoins les Berliner Symphoniker, créés plus récemment (1967), portent le même nom qu'un orchestre de l'Est (fondé dans les années 50 et dissout dans les années 80). Les Symphoniker actuels, dont on parle ici, étaient à l'origine nommés Symphonisches Orchester Berlin (provenant de la fusion du Berliner Symphonisches Orchester et du Deutsches Symphonieorchester – ils auront vraiment essayé toutes les combinaisons !). Ils sont spécialisés dans le répertoire le plus courant, beaucoup de « tubes », leur slogan étant qu'ils jouent « les classiques du classique », et ne sont pas représentés dans les discographies des magazines et les discothèques des mélomanes. En revanche, ils servent fréquemment d'ambassadeur en tournée dans le monde. Les disques révèlent un très bon orchestre (avec des sonorités très claires et typées, inhabituelles en Allemagne, comme pour le Komische), mais il est assez difficile de s'y retrouver dans tous ceux nommés « Berlin Symphony Orchestra » : les erreurs de classement, au moins chez les distributeurs, sont nombreuses. Vous pouvez au moins tenter ce disque où figure leur directeur musical, pas de confusion possible. Programme très grand public, mais exécution remarquable de justesse, d'une grande générosité aussi. De même pour les directeurs musicaux : le plus célèbre d'entre eux doit être Alun Francis (chef remarquable par ailleurs !) dont l'exposition médiatique se limite à peu près à ses contributions au catalogue CPO – Toch, Wolf-Ferrari, Milhaud, Kabalevski, Pettersson, Cowell, Searle, Klemperer (dont certains avec le DSO Berlin et la Radio-Est !) – et à ses Donizetti et Offenbach pour Opera Rara. Tous disques très-dignes d'intérêt (et même davantage), mais qui ne permettent pas d'entendre les Berliner Symphoniker. Orchestres de chambre En laissant de côté les ensembles baroques, on en trouve au moins deux à Berlin. Le Mahler Chamber Orchestra, formé en 1997 autour de Claudio Abbado avec des membres du Gustav Mahler Jugendorchester (Orchestre de Jeunes Gustav Mahler, sis à Vienne depuis sa fondation en 1986 par le même Abbado) qui avaient passé la limite d'âge mais souhaitaient continuer de jouer ensemble. (Ils sont aussi inclus dans le fameux Orchestre du Festival de Lucerne.) L'orchestre est gouverné selon le principe de collégialité cher à Abbado (reproduit également pour son Orchestre Mozart). Ce n'est un orchestre de chambre que dans le sens le plus lâche du terme : je les ai moi-même vus jouer i Tristan/i , pas exactement une nomenclature de poche ! Mais la formation par défaut contient relativement peu de cordes par rapport aux grands orchestres sédentaires. Leur son, peut-être à cause de la diversité des origines, n'est pas extrêmement typé, et leur répertoire, quoique revendiquant de tout embrasser du baroque au contemporain, se concentre largement sur le romantisme tardif et le XXe doux. Peut-être pourrait-on mentionner leur coloris plutôt sombre pour un orchestre de cette taille (et la grande qualité des bois). Disques : Il n'y a pas tellement de disques, et j'en ai peu à recommander : ils ont fait de belles choses avec Daniel Harding notamment, mais quasiment rien qui me paraisse une référence totalement incontournable. Plutôt que leur Quatrième de Mahler (lien sonore ) ou leur Turn of the Screw, je recommanderais leurs Mozart aixois sur le vif (Don Giovanni en CD (lien sonore ) et Così fan tutte en DVD, très nets, voire secs, mais hautement dynamiques et poétiques). Le Philharmonisches Kammerorchester Berlin (fondé en 2002 sous le nom de Berliner Kammerphilharmonie) n'a pas du tout le même rayonnement international : il s'agit d'une association à but non lucratif, qui se produit à la Philharmonie, au Konzerthaus, organise des masterclasses de direction d'orchestre autour de chefs célèbres… mais son rôle n'est pas du tout, contrairement à la plupart des autres orchestres de cette liste, de rivaliser pour éblouir les mélomanes du monde entier. (Il existe aussi un Deutsches Kammerorchester Berlin, mais je n'ai pas réussi à déterminer s'il s'agissait de la même formation.) Il est probable qu'il en existe quelques autres, mais ce n'est de toute façon pas le cœur du sujet. Orchestre de variété Nous reste l'Orchester des Friedrichstadt-Palastes, mais je ne suis pas trop sûr de ce qu'il contient – bien sûr, il y a des guitares amplifiées et des synthétiseurs, mais y a-t-il aussi une nomenclature traditionnelle ? J'en doute un peu, et pas dans les soirées que j'ai pu entendre, mais je ne puis l'affirmer non plus. -- Ai-je besoin de préciser que ce sont les deux orchestres de radio qui retiennent le plus mon intérêt, aussi bien pour le style que pour le répertoire ? [Et puis j'adore le Komische pour sa typicité, même si on l'entend peu souvent.] Ainsi se termine notre voyage à travers la forêt de symboles des orchestres berlinois ; de quoi décrypter ce que vous écoutez, et probablement de quoi faire de bonnes rencontres discographiques. D'autres villes sont en projet (et, même pour Londres, encore plus fournie mais moins abmbiguë, ce devrait être plus court). Nombre de liens (sonores notamment) ont été disséminés dans la notule (en particulier dans les sections discographiques), ceci devrait vous occuper quelque temps en attendant la prochaine.

Carnets sur sol

24 mai

La première quinzaine de juin

Notre sélection mensuelle de concerts que, forcément, vous alliez manquer. 1er – Bouffes du Nord – Onslow et Alkan (plus Beethoven et Chopin, il faut bien remplir) par Bertrand et Amoyel. 2 – Bouffes du Nord – Quatuors d'Onslow, Debussy et Lekeu (Adagio) par le Quatuor Diotima. Hélas un peu cher (25€ en prix plancher pour de la musique de chambre interlope). Mais programme fantastique, par des interprètes en vogue (et très virtuoses, en l'occurrence). 2 – Centre Culturel Tchèque – Eliška Horehleďová (flûte) et Vendula Urbanová (piano) dans Bach, Mozart (Ah ! vous dirai-je), Schubert (Trockne Blumen !), Luboš Fišer (Sonate pour piano) et Otmar Mácha (Variations pour flûte et piano). 10€. 2 – Auvers-sur-Oise – Hélène Grimaud joue Takemitsu, Berio, Albéniz, Janáček au milieu d'autres œuvres de compositeurs plus courus. 2 – Notre-Dame – Jolivet et Alain par la Maîtrise et le PSPBB. 2 – Saint-Louis des Invalides – Messa di Gloria de Puccini (Chœur & Orchestre des Universités de Paris). 2 – Saint-Eustache – Messa di Gloria de Puccini (Ensemble Vocal de l'École Polytechnique), couplé avec la Messe en ut de Mozart. 2 – Bondy – Concert de fin d'année de la Pré-Maîtrise de Radio-France (gratuit) ; programme toujours pas annoncé (!). 3 – Oratoire du Louvre – Œuvres sacrées de Rossi, Cambefort, Boësset à 5, madrigaux de Strozzi, ballets royaux de LULLY, Monteverdi… Par les Correspondances de Daucé, en plus ! 3 – Bouffes du Nord – Trios avec piano d'Onslow et Saint-Saëns. 4 – Saint-Roch – Sesto Libro de Gesualdo (un des plus beaux), solistes du Collegium Vocale, Herreweghe. 5 – Bouffes du Nord – Papavrami & Guy dans Kreutzer, Hérold, Montgeroult et Beethoven. 9 – Maison de la Radio (studio 104) – Barber, Beach, Billing, Carter, Copland, Thompson et Toch (je veux entendre ça en vrai !) par la Maîtrise de Radio-France. 15€. 9 – Saint-Gabriel (Paris) – Musiques baroques italiennes : D'Astorga, Vivaldi, Caldara (Orchestre de chambre d'Île-de-France, Ensemble vocal Loré). 10, 16h à 17h – Saint-Eustache – Récital de fin d'année de classe d'orgue du CNSM. 10, 19h à 21h– Notre-Dame – Récital de fin d'année de classe d'orgue du CNSM. 10 – Temple de Versailles – Troisième partie de l'intégrale des trios à cordes de Beethoven (Trio Euterpe). 11 – Notre-Dame-du-Liban – Cavalleria Rusticana avec l'Orchestre Ut Cinquième (amateur) et notamment Daniel Galvez-Vallejo ! Libre participation. 12, 19h – Rue musicale de la Philharmonie – Folk Songs pour Chœur d'Enfants (de l'Orchestre de Paris) de Ralph Vaughan Williams. Gratuit. 12 – Gaveau – Chœur National de Russie : chants liturgiques et populaires (Tchaïkovski, Rachmaninov, Khatchaturian…). 12 – Église évangélique allemande – Suite pour 13 vents de R. Strauss, Apollon Musagète, Concerto « pour piano et cordes » de Bach (fa mineur). Excellent ensemble à géométrie variable (sans nom, mais de niveau professionnel), direction Éric van Lauwe. Libre participation. 13 – Église du Vaudoué (77) – Le Quatuor Alinde joue Haydn, Beethoven et Nielsen. 13 – Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux – Cavalleria Rusticana avec l'Orchestre Ut Cinquième (amateur) et notamment Daniel Galvez-Vallejo ! Libre participation. 13 – Maison de la Musique de Nanterre – TM+ joue notamment Ivan Fedele. 13 – Auvers-sur-Oise – Maria-João Pires et Lilit Grigoryan jouent Beethoven et Kurtág. … la seconde quinzaine plus tard.




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17 mai

Hélène Grimaud sauvée des eaux par Brahms

La venue de la pianiste Hélène Grimaud fait toujours l’événement. Quand elle se propose de jouer loin des habituels grands centres culturels, l’attirance d’un public mélomane prend alors toute son importance. Dans le tout récent et splendide auditorium du Collège du Rosey, œuvre de l’architecte vaudois Bernard Tschumi, l’audacieuse architecture extérieure du bâtiment recouvert d’une toiture de panneaux métalliques fait penser à une immense soucoupe volante posée au sol. Difficile d’imaginer que cette bâtisse d’acier et de verre renferme, autour de ses escaliers et colonnes de béton lissé, une salle de spectacle de 900 places. En pénétrant dans cette grande salle rectangulaire aux parois de bois aggloméré, l’effet visuel en trompe-l’œil est saisissant. On se croirait dans la salle d’un palais de marbre beige. C’est dans cet univers particulier que Hélène Grimaud propose son nouveau récital qui, ainsi qu’elle l’introduit elle-même, s’attache à un choix de pièces musicales qui « se concentrent sur la nature colorée, décorative, atmosphérique et poétique de l’eau ». Avançant vers son instrument, la démarche posée, émanant d’un calme apparent, elle impose l’attention avant même le début de son concert. Etonnante sensation d’une douce autorité. Un bref salut et elle prend possession de son instrument pour ce récital particulier. A souligner la performance de cette première partie s’articulant autour d’une suite pratiquement ininterrompue de huit œuvres de compositeurs différents. Dans la salle complètement obscurcie, le piano d’Hélène Grimaud sonnera pendant quarante-cinq minutes pratiquement ininterrompues, les mains de la pianiste ne quittant jamais le clavier entre les différents morceaux. Les œuvres se succèdent en tentant d’insuffler sur le public ces images de poésie aquatique. Des gouttelettes de la pluie de Toru Takemitsu aux profondeurs abyssales de la Cathédrale engloutie de Debussy en passant par la tempête imagine par Fauré, Hélène Grimaud fait montre de son irréprochable technique pianistique pour donner une image impressionniste de ces musiques. Peut-être qu’une utilisation plus parcimonieuse de la pédale aurait rendu le discours musical plus clair. Pour le béotien, comme pour le mélomane, il est parfois difficile de ressentir le passage d’un compositeur à l’autre. Heureusement que les pages très typées de Almeria de la Suite Iberia d’Albeniz étaient là pour remettre un jalon dans l’avalanche et presque confusion musicale. Si le jeu d’Hélène Grimaud ne supporte aucune critique du point de vue technique, on peut avoir quelques réserves en ce qui concerne l’expressivité profonde de sa musique. On sent la soliste comme retenue, distante, presque insensible au lyrisme. Etrange sentiment qui semble ne pas coller avec la personne même d’Hélène Grimaud dont on sait la grande profondeur d’âme. Après l’entracte, la pianiste offre sa conception de la Sonate no. 2 en fa dièse mineur op.2 de Brahms. D’emblée, l’énergie dégagée laisse entrevoir une interprétation en contraste total d’avec la première partie de ce récital. Tout au long de cette sonate, Hélène Grimaud affiche magnifiquement les exigences de cette partition. Offrant un piano puissant, viril, structuré, la pianiste se laisse emporter par la musique de Brahms. Avec elle on vibre. On vibre à une musique qu’elle fait vivre avec des couleurs extraordinaires. Que ce soit dans la délicatesse de ses pianissimo ou dans la vigueur des contrastes. Toutefois, si ses sonorités des basses restent impressionnantes, celles des plus hautes notes du clavier sont moins convaincantes. A la magnificence éthérée des premières notes du final succède la brillance des dernières mesures superbement révélées par le cristal surgissant des doigts d’Hélène Grimaud. Avec cette deuxième partie de concert sensiblement plus intéressante que la tentative pianistique d’entraîner le spectateurs dans un monde peut-être trop intellectualisé, Hélène Grimaud s’est sauvée des eaux avec la musique de Brahms dont elle est une magnifique interprète. Crédit photographique : Mat Henneck/DG



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